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TERRY FOX

À l'automne de 1979, Terry Fox, alors âgé de vingt et un ans, commence à préparer son périple à travers le Canada. Deux ans auparavant, il avait fallu lui amputer la majeure partie de sa jambe droite en raison d'un cancer. Terry s'adresse à diverses entreprises pour leur demander de le commanditer. En guise de conclusion à ses lettres, il écrit : « ... je ne dis pas que ceci apportera une réponse ou une cure définitive au cancer, mais je crois aux miracles. Il le faut. »

C'est poussé par cette ténacité que Terry Fox entreprend de réaliser son rêve - il va parcourir la moitié du Canada et émouvoir des centaines de milliers de gens au pays et à l'étranger.

Terrance Stanley Fox est né le 28 juillet 1958 à Winnipeg, au Manitoba, de Rolly et Betty Fox. Il avait déjà un frère aîné, Fred. Un autre frère, Darrell, allait naître quatre ans plus tard et puis une sœur, Judith, en 1964. En 1966, la famille déménage à Surrey, en Colombie-Britannique, et puis à Port Coquitlam, deux ans plus tard, où elle s'installera définitivement.

Les parents de Terry se souviennent de lui comme d'un petit garçon déterminé, qui n'a jamais voulu manquer une seule journée d'école. Au début du secondaire, Terry est devenu un véritable athlète. C'est à cette époque qu'il rencontre son ami Doug Alward. Les deux garçons jouent au baseball, au rugby et au basketball. En douzième année, Terry et Doug se partagent le prix de l'athlète de l'année. Terry obtient son diplôme de l'école secondaire de Port Coquitlam avec distinction.

Terry veut devenir professeur d'éducation physique, alors il s'inscrit à l'Université Simon Fraser (SFU) à Vancouver. Là, il essaie de se qualifier pour être admis dans l'équipe de basketball de la SFU. Le joueur Mike McNeill a dit de Fox qu'il avait surpassé d'autres joueurs qui avaient plus de talent que lui, car il avait davantage de détermination.

Découverte du cancer

La vie de Terry bascule en mars 1977. Il rentre chez lui en se plaignant d'une douleur intense, apparue dans son genou droit après avoir couru autour de la piste. Sa mère l'emmène au Royal Columbian Hospital de New Westminster. Une radiographie confirme la présence d'un sarcome ostéogénique, une tumeur cancéreuse qui ramollit les os. En présence de sa famille, les médecins lui annoncent la nouvelle. Lorsque sa famille s'effondre en larmes, Terry s'exclame : « Je ne suis pas prêt à quitter ce monde. »

Pour stopper la propagation du cancer, les médecins lui amputent la jambe - à six pouces (15 cm) au dessus du genou. Terry apprend à se servir d'une jambe artificielle, et trois semaines après l'intervention chirurgicale, il recommence à marcher. Peu après, il joue au golf avec son père sur un parcours à normale trois. Terry, qui a toujours aimé la compétition, lève la barre un peu plus haut. Il dit qu'il s'estime chanceux d'avoir réussi à vaincre le cancer. Ce qu'il ne sait pas à l'époque, c'est que les cellules cancéreuses de l'ostéosarcome se propagent parfois jusqu'aux poumons, mais n'apparaissent pas sur les scintigrammes avant un certain temps.

En juillet 1977, Terry se joint à une équipe de basketball de l'Association canadienne des sports en fauteuil roulant et rencontre Rick Hansen, qui dirige le programme. Rick est impressionné par l'énergie de Terry, sans savoir à ce moment-là qu'il suit un traitement de chimiothérapie. Terry dispute et remporte trois championnats nationaux avec l'équipe.

Terry n'a jamais oublié un article qu'il avait lu la veille de son opération chirurgicale. C'était un article qui parlait de Dick Traum, qui avait lui aussi subi une amputation, et participé ensuite au marathon de la ville de New York. Au début de 1979, il établit un calendrier d'entraînement. Son prothésiste a mis au point une jambe plus perfectionnée pour la course, en se servant d'une tige à ressort munie d'un amortisseur de motocyclette. Mais malgré cette amélioration, son moignon est recouvert de kystes et de plaies qui saignent après chaque course. En août, son ami Doug Alward, qui court également, l'emmène à un marathon à Prince George. Terry arrive dernier, dix minutes après le dernier coureur sur deux jambes. Lorsqu'il franchit la ligne d'arrivée, les autres coureurs l'encouragent et l'applaudissent.

Début du marathon de l'espoir

Cet automne-là, Terry Fox conçoit un plan pour recueillir des fonds au profit de la recherche sur le cancer, en traversant le Canada à pied. Son objectif : recueillir 1 $ pour chaque Canadien. Betty estimait que c'était une idée folle, mais elle savait que rien n'arrêterait son fils. La société canadienne du cancer se dit prête à l'aider, mais à condition qu'il trouve des entreprises pour le commanditer. Fox envoie alors des lettres dans lesquelles il décrit son rêve. Ford lui fait don d'une camionnette de camping, Adidas lui fournit des chaussures, Imperial Oil de l'essence et Safeway des bons alimentaires et de l'argent. Fox a l'intention de commencer à St. John's, le 12 avril 1980, et d'atteindre la côte ouest de l'île de Vancouver le 10 septembre. Un parcours de plus de 3000 miles (5000 km) l'attend donc, et il se dit prêt.

Le matin du 12 avril, alors qu'une bruine glaciale enveloppe St-John's, Terry trempe sa jambe artificielle dans l'océan Atlantique et entame son marathon de l'espoir. Lorsqu'il atteint l'extérieur de la ville, la mairesse Dorothy Wyatt décide de se joindre à lui, vêtue d'un ensemble à pois et de la toge de sa charge. Doug Alward, au volant de sa camionnette, le devance d'un mille (1,6 km) et attend ensuite que Terry passe, pour lui donner de l'eau.

Les gens de Terre-Neuve se montrent accueillants et généreux. Beaucoup d'entre eux invitent Terry et Doug chez eux pour prendre un repas. La ville de Port aux Basques, qui a une population de 10 000 habitants, recueille 10 000 $. Malheureusement, Terry et Doug commencent à se disputer et il leur arrive de passer des journées entières sans se parler. Terry aurait voulu que Doug lui prépare des entrevues avec les médias, mais Doug est réticent.

Au début de mai, Terry arrive en Nouvelle-Écosse, mais peu de gens se déplacent pour l'accueillir. À un moment donné même, un camion heurte un véhicule de Radio-Canada avec à son bord une équipe de reportages, et le force à quitter la route, tandis que Terry court devant le camion. Un des membres de l'équipage tombe du camion et se blesse grièvement.
Vers la mi-mai, Terry et Doug ne s'entendent plus du tout. Terry appelle ses parents, qui prennent l'avion pour Halifax. Betty lui dit qu'il vaut mieux se dire ses quatre vérités, que ne plus se parler du tout. Ceci les aide beaucoup. Dans son journal du 29 mai, Terry parle d'un discours qu'il a prononcé à Dartmouth : « Je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer lorsque j'ai dit que Doug devait avoir beaucoup de courage pour pouvoir me supporter et me comprendre, lorsque je suis fatigué et irritable ».

À la fin du mois de mai, Darrell rejoint son grand frère à Saint John, au Nouveau-Brunswick. D'un tempérament farceur, il contribue beaucoup à détendre l'atmosphère du marathon de l'espoir. Autour du 7 juin, Terry atteint son record de 30 milles (48 km) par jour.

Découragement au Québec

Lorsqu'il arrive au Québec, le 10 juin, Terry est charmé par les jolies petites villes qui bordent le Saint-Laurent. Mais personne dans son équipe ne parle le français. Ils ne savent pas comment demander s'ils peuvent prendre une douche et passent cinq jours sans se laver. À la mi-juin, alors qu'ils s'approchent de Québec, Terry connaît ses pires moments. Les conducteurs l'ignorent, et le dépassent en accélérant. Dans son journal, il se plaint : « ... les gens me forcent constamment à quitter la route. On m'a même klaxonné à un moment donné... c'est épuisant. Dépression nerveuse ». Les choses s'améliorent toutefois considérablement lorsqu'il arrive à Montréal. Les garçons sont logés à l'hôtel Quatre Saisons, sur l'invitation du président de la société, Isadore Sharp, qui a lui-même perdu son fils adolescent à la suite d'un cancer. Les garçons apprécient le luxe; Terry prend une douche qui dure une heure. Le 23 juin, après 73 journées de course, Terry prend une première journée de congé. L'aile ontarienne de la Société du cancer lui a demandé de retarder son arrivée en Ontario, car elle prépare de grandes choses.

Le dernier samedi de juin, Terry arrive en Ontario, par la ville de Hawkesbury, sur la rivière Ottawa. Ce jour marquera le début d'une avalanche de campagnes de collecte de fonds. La Ville organise une fête de bienvenue avec une fanfare et des milliers de ballons. Début juillet, il arrive à Ottawa. Il rencontre le gouverneur général Ed Schreyer. Les supporters de la Ligue canadienne de football, venus assister au match entre les équipes d'Ottawa et de la Saskatchewan, qui marque le début du tournoi, se lèvent pour l'applaudir. Le 4 juillet, Terry est invité par le premier ministre de l'époque, Pierre Trudeau. Malheureusement, personne n'a préparé Pierre Trudeau, qui revenait tout juste d'un voyage en Italie; la réunion ne se passe pas très bien. Terry lui demande de courir un demi-mille (0,8 km) avec lui, mais le premier ministre refuse.

Lorsque Terry se dirige sur Toronto, il est de plus en plus populaire. Un chanteur lui a composé une chanson - « Run, Terry, Run » - et offert de verser le produit de la vente à la recherche sur le cancer. Des foules se rassemblent le long des rues et des routes. L'émission de télévision de NBC, « Real People », fait un reportage sur lui. Dans un centre commercial à Oshawa, les jeunes filles se mettent à hurler en le voyant passer. Alors qu'il court en direction du Nathan Phillips Square à Toronto, Darryl Sittler, l'ancien capitaine de l'équipe de hockey des Toronto Maple Leafs se joint à lui. Une foule de 10 000 personnes l'attend. L'acteur Al Waxman présente Terry Fox et Darryl Sittler, et lui offre son chandail du match des étoiles de la LNH de 1980 : « Je fréquente des athlètes depuis longtemps, mais je n'en ai jamais rencontré aucun qui avait son courage et son endurance ». La Société du cancer évalue l'argent recueilli cette journée-là à 100 000 $.

Terry poursuit ensuite sa course dans le sud de l'Ontario et traverse Oakville, Hamilton, London, Kitchener et Guelph. En dépit d'une température de 38 degrés, il continue à courir au rythme de 26 milles (42 km) par jour. Durant son parcours dans le sud de l'Ontario, l'actrice britannique Maggie Smith vient l'embrasser à Stratford; un musicien lui offre sa guitare de 500 $; et Bobby Orr lui offre 25 000 $ de la part de Planter's Peanuts. Fox dira ensuite de la rencontre avec Bobby Orr qu'elle avait été le point culminant de son périple.

Terry fête ses 22 ans le 28 juillet, à Gravenhurst, à deux heures de route au nord de Toronto. Lorsque son frère Darrell lui offre un gâteau, Terry en prend un morceau dans ses mains pour le lancer sur lui et déclenche une bagarre de nourriture. Les gens de Gravenhurst (8 000 habitants) recueillent 14 000 $.

Un horizon qui s'assombrit

Au moment où Fox se dirige vers la Baie Georgienne, sa santé se détériore. Il se réveille fatigué, et demande parfois qu'on le laisse seul dans le camion, pour pleurer. À Parry Sound, le père de Bobby Orr lui offre le chandail de la coupe du Canada de son fils. Il a atteint la moitié de son parcours juste avant Sudbury. Le 12 août, Terry a recueilli 11,4 millions de dollars.

Le 31 août, avant d'entrer dans Thunder Bay, Fox dit qu'il pense avoir attrapé la grippe. Le lendemain, il commence à tousser davantage et se plaint de douleurs dans la poitrine et dans le cou, mais il continue à courir parce que les gens sont venus pour l'encourager. À 29 kilomètres (18 milles) de la ville, il s'arrête. On emmène Terry à l'hôpital et après l'avoir examiné, les médecins lui annoncent que le cancer a atteint ses poumons. Ses parents viennent le retrouver à Thunder Bay le lendemain. Terry, qui tient la main de sa mère Betty, donne une conférence de presse et annonce aux reporters qu'il doit rentrer chez lui. Il a parcouru 3 339 milles (5376 km).

« Combien de personnes font une chose à laquelle ils croient réellement? » demande Terry durant la conférence de presse. « J'aimerais bien que les gens se rendent compte que tout est possible, si l'on s'en donne la peine. On peut réaliser ses rêves si l'on s'en donne la peine. »

Terry prend l'avion pour la Colombie-Britannique et retourne au Royal Columbian Hospital, là où il avait entrepris sa lutte contre le cancer en 1977. Darryl Sittler et les Maple Leafs lui proposent de terminer la course pour lui, mais Terry refuse. Il veut finir lui-même.

Durant les premières semaines à l'hôpital, il porte son t-shirt du marathon de l'espoir. Les tumeurs se sont propagées; l'une d'elles a atteint la taille de son poing. Il a dix pour cent de chances de vaincre le cancer. Le pays se rallie derrière lui. Un téléthon est diffusé avec des célébrités comme John Denver, Elton John et Anne Murray. Cette émission permet de recueillir 10,5 millions de dollars de plus pour le Fonds Terry Fox. Partout dans le pays, les gens recueillent de l'argent en organisant des marches ou des ateliers de couture - même des strip-teaseuses de l'Ontario versent l'équivalent d'une journée de revenu.

Pendant qu'il suit une chimiothérapie, Terry reçoit de nombreuses distinctions. Le gouverneur général Ed Schreyer se rend en Colombie-Britannique, pour faire de lui le plus jeune Compagnon de l'Ordre du Canada. Le premier ministre de la Colombie-Britannique, Bill Bennett, lui décerne également la plus haute distinction civile de la province, The Order of the Dogwood. Les journalistes sportifs du Canada lui attribuent le trophée Lou Marsh, en récompense de réalisations athlétiques exceptionnelles. Terry apparaît également dans des films pédagogiques de la Société du cancer.

Au début de la nouvelle année, l'état de Terry s'aggrave. Les tumeurs se sont propagées à son abdomen. Des milliers de lettres et de télégrammes en provenance du Canada et du monde entier sont livrés dans sa chambre d'hôpital. En février 1981, Fox a recueilli 24,17 millions de dollars, soit l'équivalent de la population du Canada, qui était de 24,1 millions à cette époque.

En jetant un regard rétrospectif sur sa course, Terry déclare : « Les gens pensaient que je vivais l'enfer. C'était peut-être un peu vrai, mais malgré tout je faisais ce que je voulais faire et je réalisais un rêve ».

Terry Fox meurt le 28 juin 1981, entouré de sa famille. Ce mois de septembre, la première course Terry Fox a eu lieu au Canada et ailleurs dans le monde. Plus de 300 000 personnes y ont participé, et recueilli 3,5 millions de dollars. Aujourd'hui, des courses Terry Fox sont organisées chaque année dans soixante pays et des centaines de millions de dollars ont été ramassés jusqu'à présent au profit de la recherche sur le cancer. Son héritage lui a survécu.

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